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 Gagne celui qui sait ce qu'il va faire s'il perd. Perd celui qui sait ce qu'il va faire s'il gagne.

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MessageSujet: Gagne celui qui sait ce qu'il va faire s'il perd. Perd celui qui sait ce qu'il va faire s'il gagne.    Jeu 25 Jan - 11:40



Salvatore « C. » Locatelli



L’ormaie toute entière faisait chanter les feuilles dans un imperturbable frémissement. De longues vagues se dessinaient sur le champ et les blés dansaient au rythme du vent. Les ombres, maculées de grains de lumière,  parfois rassemblées, parfois repoussées, s’entrelaçaient aux pieds des arbres. Tout semblait aller et venir avec une parfaite harmonie, une coordination qui n’appartenait pas aux hommes.

Ceux qui, n’étant pas attentifs à la majesté de la nature, traversaient les cultures en vitesse, n’étaient en rien capable de percevoir la beauté de ce moment… Mais aux quelques-uns qui s’arrêtaient dans le creux de cette étendue, pour y contempler le concert des éléments, point d’art n’était en mesure de donner matière à autant d’émotions.

Christo et Salvatore s’étaient assis à quelques mètres de ce spectacle, happés par la mystique qui s’en dégageait, et comme envoûtés par une force indescriptible, qui ne les contraignait pas. Les premiers jours de printemps avaient toujours quelque chose à raconter. Et il suffisait de prêter l’oreille. Il y avait, en effet, à travers ce que leur enseignait cet émerveillement, une invitation au bonheur, au calme, à la sérénité... Finalement, ce que tous cherchaient éperdument, se trouvait juste ici, au contact de ces arbres et de cette trouée providentielle, là où personne ne venait s’attarder.

Puis, aussi naturellement qu’il s’était distendu, le cours du temps se contracta de nouveau et la torpeur du midi, cette langueur de l’instant qui, exposée au soleil, communiquait à l’âme toute la munificence du monde, s’estompait lentement. L’heure de la pause touchait à sa fin.

Se relevant en souplesse, le prince en profita pour attraper un chardon par la tige, puis, une fois debout, souffla sur ses aigrettes, les projetant à travers l’étendue du champ. Il regarda Salvatore et l’invita à se redresser d’un geste de la main, lui, qui n’était pas encore sorti de sa léthargie contemplative. Il lui attrapa le poignet et le tira.

⸺ Salvatore, penses-tu que la cour, ce monde dans lequel nous sommes menés par la force des choses… Penses-tu vraiment qu’il est fait pour nous ? Je me sens comme ce pollen : désintégré, éparpillé. En fait, pour tout t'avouer, j’ai comme l’impression d’être tiraillé entre ce que je dois être et ce que je veux être. Ma vie me conduit vers le trône, mais mon cœur m’en éloigne. Ce n'est pas ce que j'imagine du bonheur. Ce que je veux, au fond, c'est vivre dans cette société que nous nous imaginons depuis 5 ans maintenant, un monde où nul ne devrait être obligé de faire ce que les autres lui disent de faire, où les hommes seraient les maîtres de leur destinée, où, ensembles, nous pourrions lire, dessiner, discuter, et quand nous le souhaitons, s'affronter, sans qu'un tiers ne vienne ajouter une dimension sérieuse à tout cela... Ce monde, je le ferai exister, sois-en sûr, mon frère, mais je ne sais pas si ce sentier que nous arpentons est le bon...
⸺ Ce monde est fait pour nous, évidemment, Christo. Mais il nous faut simplement apprendre à le maîtriser, réfuta Salvatore, avec l’air d’être optimiste. Cette utopie, et tout ce qu’on a pensé d’elle, est un espoir en réalisation, il suffit de faire tout ce qui en notre possible pour lui donner naissance et ne jamais mettre à l’index certaines des solutions qui nous sont proposées pour y arriver. Tu vas devenir roi et je serai ton conseiller. Si ce n’est pas notre destin, en tout cas, c’est le système qui nous amène à cette place. Il faut utiliser cette opportunité pour commencer à faire de Saint-Itturia, la première île de ce nulle part que seuls nous voyons. Nous modifierons les lois, tout d’abord. Et ensuite, nous rendrons obsolètes ces castes. Cet optimisme qui le faisait parler, en se précisant, devenait de plus en plus réaliste.


Sourire aux lèvres, ils se regardaient avec belle humeur. Les deux compères s’apercevaient, finalement, de l’évidente simplicité avec laquelle l’amitié faisait surmonter tous les obstacles. Et loin de leur déplaire, ils comprirent que c’était ensemble, en se soutenant mutuellement, comme ils le faisaient depuis maintenant quelques années de franche camaraderie, qu’ils parviendraient à leurs fins.


Sinon, ton pseudo à toi, derrière l'écran ? Violence, ou l'homme qui finit jamais ses prez.
Si t'as un commentaire à faire, fais-le maintenant ! Tu me donnes pas d'ordre, ok ?






⸺―⸺―⸺―⸺―⸺―⸺―⸺―⸺―⸺―⸺―⸺―⸺―⸺―⸺―⸺―⸺―⸺―⸺―⸺―⸺

Une escroquerie est, juste, une bonne affaire qui a rencontré une mauvaise loi.


Dernière édition par Salvatore C. Locatelli le Lun 21 Mai - 21:47, édité 12 fois
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MessageSujet: Re: Gagne celui qui sait ce qu'il va faire s'il perd. Perd celui qui sait ce qu'il va faire s'il gagne.    Dim 4 Mar - 23:43


Histoire [2/2]

⸺ Chapitre 2 ⸺
Une main perdue dans le vieux coffre à jouet [Suite]

Ils étaient, à ce jour, assignés hors des villes pour y pratiquer l’escrime et s’affronter en autonomie, sans qu’un conseiller ne vienne commenter leurs gardes ou leurs appuis. On reprochait souvent à Salvatore de manquer de fluidité dans ses gestes, et à Christo, de ne pas assez réfléchir au combat. Ces critiques, attendu qu’elles définissaient – un tant soit peu –  leur style, les opposaient diamétralement. D’un côté, elles décrivaient quelqu’un qui affrontait son adversaire en cherchant sans cesse à se remémorer les différents apprentissages qui lui avaient été dispensés à ce sujet, et qui concevait le combat comme quelque chose qui se programmait à l’avance… Et d’un autre, elles dépeignaient quelqu’un qui ne portait pas son jeu à son paroxysme, qui ne voyait pas d’intérêt à densifier son escrime, et se contentait de ses facilités au combat : point d’appel ou de feintes, pas d’esquives, de très faibles replis, et des expositions trop fréquentes, qui le conduisaient souvent à perdre des assauts sur lesquels il avait pourtant l’ascendant.


Alors qu’ils se saisissaient de leurs fleurets respectifs et se mettaient en garde, l’un face à l’autre, ils se remémoraient les différentes consignes qui leur avaient été imparties et visualisaient encore les précédentes joutes. Aujourd’hui, gagnait celui qui désarmait l’autre. Et les compteurs affichaient pour l’instant trois victoires pour Christo, contre une seule pour Salvatore.

D’un pas lent, ils avaient réduit la distance, et pouvaient désormais se tenir en joue du bout de leurs sabres. Les lames, encore dressées devant leurs mentons, se saluèrent, avant de s’abaisser en position défensive, au niveau de leurs torses. Le combat démarra à ce moment-là. Et dès le début, sans même laisser une seule seconde s’écouler, Christo s’élança sur Salvatore, tendant son épée à bout de main pour étendre son allonge. Cette attaque en fente se dirigeait vers le torse du défenseur avec une rapidité féline, comme si les mouvements du prince étaient finalement guidés par un instinct sauvage.

Le jeune stratège, chargé par son adversaire, pensa tout d’abord à se reculer afin d’amortir le coup. Cependant, il était déjà trop tard, car lancé, il était impossible de reculer aussi rapidement que Christo avançait. Qui plus est, en y réfléchissant davantage, il devenait de plus en plus évident qu’une attaque ouverte comme celle-ci cachait quelque chose d’autre. L’économie du geste ne devait pas devenir une avarice de l’effort, le prince combattant avait trop entendu cette critique pour ne pas la retenir, aussi était-il avisé d’agir en s’attendant au pire face à lui. Salvatore opta donc pour ce qui lui semblait être l’alternative la plus sécurisée : couper la trajectoire de l’ennemi, en s’enfonçant dans sa garde et en préparant d’emblée un contre.

Le geste qu’exécuta ensuite Christo confirma l’hypothèse de Salvatore, qui avait entrevu quelque chose à travers l’ombre de cette attaque. L’estocade n’était rien d’autre qu’une feinte, destinée à surprendre et à orienter une attitude particulière. La finalité de l’exercice n’était pas de frapper l’autre, mais bien de le désarmer… Les deux semblaient l’avoir bien compris. C’est pourquoi une fois son épée « au-dedans » de la garde de Salvatore, Christo fit pivoter son poignet et par la même, toute son arme, vers l’extérieur, utilisant la lame comme un crochet pour arracher l'épée de son adversaire en la ramenant vers lui. Il venait de s’arrêter dans sa course, d’un coup net, et s’apprêtait à revenir en arrière, pour entraîner son opposant avec lui, le déséquilibrer et s'emparer de son arme.

C’était sans compter sur la ruse de Salvatore, qui, s’étant déjà projeté vers l’avant pour devancer l'attaque de Christo, ne fut pas étonné de voir son camarade user de cette technique. En effet, la détresse que Christo pensait susciter avec cette petite sournoiserie, ne l’atteignit guère, et il en profita justement pour contrer son ami en anticipant sa technique et en avançant plus rapidement que lui dans la direction où il reculait. La lame de Salvatore, qui ne fût nulle part entravée, s’abaissa d’un geste vif et se libéra totalement de la garde de Christo, alors qu'il parvenait à passer derrière lui. Finalement, le jeune conseiller s’était non seulement propulsé dans le dos de son adversaire, mais il était maintenant du côté de la partie extérieure de sa garde, et pour ainsi dire, dans son angle mort. Sans même réfléchir, enfin guidé par le rythme de l’affrontement, il lui asséna plusieurs coups droits au torse et au menton. Le but de ces attaques était simple : assommer le prince, puis récupérer la lame au sol. Si elle était radicale, cette solution contraignait Salvatore à déployer une certaine vigueur dans l’exercice. Et la tâche fut d’autant plus délicate que les coups se heurtèrent aux parades de Christo qui, en l’espace d’un court instant, avait pu se réaligner face au combat.

Repris, les deux combattants se tenaient pour lors à une distance intermédiaire, croisant le fer sans vraiment chercher à rentrer dans les bulles respectives. Au cours de cet échange, ils avaient pu mesurer la teneur du duel, se situer dans le combat et en juger par rapport à l’adversaire. Il leur appartenait désormais de choisir la prochaine offensive, et d’opter pour la plus efficace, autrement dit, pour celle qui mettrait l’autre en échec.  

La mélodie monotone que chantaient les lames dans une percussion régulière, fut tout-à-coup rompue par Salvatore qui amorça, dans une accélération très brusque, une attaque en fente. Elle semblait être de tout point identique à celle qu’avait entreprise Christo au début de l’assaut. Imiter le coup du prince pour le prendre à son propre jeu, n’était pas une technique très intelligente, mais elle avait le mérite d’être culottée. L’idée derrière cela était aussi de tester la vivacité d’esprit de l’ennemi, tout en supposant qu’il soit assez irréfléchi pour exécuter le mouvement sans penser aux failles de son caractère machinal. Tandis que Salvatore recourbait la trajectoire de sa lame vers l’extérieur, autour du bras de Christo, pour s’emparer de son fleuret, ce dernier s’avança vers lui en anticipant son mouvement, exactement comme cela avait été fait quelques secondes auparavant par le jeune conseiller. Toutefois, copier le copieur fut malheureusement l’erreur qui mit Christo en échec et mat.

Alors qu’il se projetait vers l’avant pour éviter la prise de Salvatore, instinctivement, le prince fut stoppé dans sa course par un violent coup de genou, qui se brisa sur son ventre avec une netteté sans pareille. Le choc fut tel que la fermeté de sa poigne s’évanouit, laissant le manche de lame bailler dans sa main, à la merci du crochet. Le poisson avait mordu à l'hameçon. Il y avait fort à parier qu'un homme aussi scolaire dans le combat ne sache pas improviser face à la fulgurance d'un coup inhabituel. Et les prévisions s'étaient avérées justes.

Christo trébucha en arrière, projeté par la puissance qu'il avait déployée pour s'enfoncer sur le genou de Salvatore. Le sabre devint dès ce moment un fardeau qu'il préféra donner à son adversaire.

Tirant l’arme vers lui, puis la contemplant dans sa paume, son ami à terre, l’héritier Locatelli fut alors traversé par un sentiment enivrant de victoire. Les acclamations d’une foule aphone retentissaient à travers les cris du vent qui battaient dans ses tympans. Il leva les mains au ciel.

⸺ Je commence à comprendre le jeu, non ? s’égaya Salvatore, en dégustant chaque respiration comme des bouffées de triomphe. J’espère que je pourrais égaliser lors de la prochaine manche, parce que franchement, Christo, je concède que jusqu’à présent, je n’ai pas tant brillé.
⸺ Oui, mais je pense que les attaques vicieuses comme celles-ci ne te feront pas briller non plus ! Je ne crois pas avoir entendu qu'autre chose que la lame était autorisée pour désarmer. Comprendre le jeu, quand on en réinvente les règles, est sans doute plus facile, sembla contester Christo, qui se relevait durement, aidé par son ami. Peut-être que pour eux, ce qui est bien, c'est ce qui marche à la fin. Peut-être que cela est la bonne attitude d'un futur conseiller royal. Je ne sais pas si je comprends l'essence du combat ou même si je divague parce que je viens de perdre, mais je trouve qu'il y a beaucoup plus d'honneur à combattre dans les règles... ajouta-il une fois debout, face à Salvatore, en se dépoussiérant.
⸺ Pourquoi se cantonner à des règles définies ? Je ne comprends toujours pas qu’on soit incapable de nous donner une réponse valable à cette question. Suivre l’enseignement des maîtres sans t’approprier ce que tu apprends, ne sert pas à grand-chose, mon prince. Alors... est-ce que les conseillers font bien de penser comme ça ? Qu’en sais-je ? Il n’empêche que factuellement, celui qui invente la règle gagne toujours, lâcha le vainqueur, avec un relâchement presque suspect. Et je me demande donc si l’honneur est vraiment de suivre une pratique au millimètre près ? Ou s’il n’est pas plutôt cette capacité à ne jamais se soumettre qu’à ses propres règles ?

Il advint qu’en expliquant ceci, Salvatore réaménagea quelque chose en Christo. Ils se regardaient tous les deux, perdus dans la complexité d’un moment de réflexion. Quelque chose sembla dès lors changer. Et alors qu’il s’en allait rendre le fleuret à son prince, le conseiller fut brusqué par l’imposante agressivité qui s’échappait de lui. En l’espace d’une fraction de seconde, ses yeux s’étaient matis et ne reflétaient plus rien. Il avait bien entendu les paroles de son ami, et allait traiter avec.


⸺ Si tu insistes... Créons et que le meilleur gagne !
Pour lui, le prochain match avait déjà commencé.

***

Et les affrontements furent d’autant plus nombreux, qu’avec le temps, ils devinrent une constante de leur quotidien. Ils s’acharnèrent à la tâche, avec une implication qui, avant de le rassurer, fit d’abord trembler le roi. En effet, ils déployaient une telle énergie à faire ce qu’on leur demandait de faire, que certains notables se prenaient à condamner la démesure de leur carriérisme et leur propension à conquérir le trône en avance. À ces fonctionnaires qui assistaient, impuissants, à l’ascension de deux étoiles dans le firmament des seigneurs, il y avait de quoi être ébloui. Lorsque les sessions d’entraînements ne se déroulaient pas à huit-clos, une immense foule venait assister aux sessions d’exercices de Christo et Salvatore, qui, se connaissant par cœur, n’agissaient plus que par goût du spectacle.

Aucun jour ne passait sans qu’ils n’aient à accomplir quelque chose : combattre, chasser, scénariser des campagnes, lire des ouvrages, maîtriser les arts de la guerre, parler en public… Tout était finalement sujet à de très longues heures d’apprentissage, car parvenir à leurs fins était, pour eux, une obsession qui ne laissait pas de temps au répit. En l’espace des cinq années qui suivirent celle de leurs entraînements au champ, ils n’eurent de cesse d’être mis l’un face à l’autre, que ce soit devant un échiquier ou une tribune, aidés d’une craie ou d’un fleuret… Sans que cela n’altère l’admiration qu’ils se portaient mutuellement.

Ils formaient un tandem providentiel, scellé par ce qu’ils pensaient être plus qu’un simple phénomène du hasard. Le prince de Saint-Itturia et l’héritier Locatelli avaient été mis sur le même chemin pour accomplir quelque chose de grand, quelque chose d’exceptionnel, et tout semblait indiquer qu’il s’agissait d’un signe du destin.

Alors qu’au sein du royaume, les rumeurs allaient bon train concernant l’imminente succession du prince, les hautes instances se réjouissaient de la parfaite géométrie avec laquelle les choses s'imbriquaient. Christo, alors âgé de 19 ans, avait d’ores et déjà commencé à appliquer les stratégies que son jeune conseiller, Salvatore, âgé de 17 ans, lui avait suggéré, au cours de nombreux affrontements avec des pirates et d’un conflit avec le royaume de Luvneel. Leurs premiers faits d’armes avaient pour ainsi dire terminé d’asseoir leur réputation.  

Les proches du roi se rendaient dans ses loges en se dandinant d’orgueil de raconter les exploits de leur protégé. Vittorio, quoique gardé d’une prudente neutralité envers ses anciens élèves, aimait tout de même se faire gloire des prouesses techniques de son fils auprès de ses amis et de sa famille. Tous le savaient pertinemment : ces deux garçons représentaient l'avenir de leur royaume.

Seulement, un violent coup de tonnerre s’abattit sur ce joli petit château de carte. Tout s’effondra d’un coup, d’un seul. Et ce qui arriva, ni le roi, ni Vittorio, encore moins Christo et Salvatore, ne furent en mesure de le prévoir.


Faire face à sa propre fin, lentement, corrompt. Aucune litote ne pouvait adoucir la fatalité du fait accompli : le roi se mourrait et devenait fou à l’idée de le comprendre. Cette sentence qui semblait depuis longtemps patienter, vint un jour le frapper de plein fouet. Incapable de respirer pendant quelques longues minutes, au point d’en pâlir, le grand monarque fit advenir la meilleure corporation médicinale, qui, à son chevet, après un long examen, lui conseilla fortement de prévenir les descendants. Il était furieux de ne pas pouvoir combattre ce qui le meurtrissait insidieusement, et encore plus, d’apprendre que cela n’allait pas s’arrêter ici.

Christo fut convoqué dans les minutes qui suivirent. L’encens de la royauté planait dans les couloirs, alors que le digne successeur franchissait le palais royal en direction du chevet, d’un pas frénétique. Il avait senti l’ampleur de la sommation qui lui était faite ; son intitulé ne pouvait être plus explicite : « Votre père meurt. Il a à vous parler. ». Salvatore était absent cette journée, il était resté en ville, dans la bibliothèque. Il semblait manquer le tournant de sa vie : le jour de la passation de pouvoir entre un roi et son prince. La tension s’intensifiait pour eux deux, mais seul Christo était pour l’instant en mesure de le savoir.

Une fois arrivé au pas de la porte, il toqua prudemment, avant de faire pivoter les battants avec une douceur mortuaire, et en allant se placer aux cotés de son père. Ils firent évacuer la pièce en quelques mouvements, avant de se retrouver seul à seul. Le roi s’émaciait à vue d’œil, et plus le prince s’approchait de lui, plus il était horrifié de le voir se vider de sa vie aussi vite. Le regard de Christo se porta sur les lèvres bredouillantes de son paternel, qui tentait en vain de lui communiquer quelques dernières consignes. Il tendit alors son oreille, et il ne lui fallut seulement que quelques phrases déconstruites pour que son regard ne change à jamais. Il se redressa aussitôt, bouche bée, se recula, et le regard bordé de larmes, décampa.

Le roi poussa son dernier souffle dans la nuit. Christo resta recroquevillé dans ses quartiers. Salvatore dormit paisiblement.

Au lendemain de cette terrifiante soirée, n’apparut malheureusement qu’une aube sinistre. Les lueurs grises du matin éclairèrent une nation endeuillée, qui se réveillait sans comprendre encore ce que cette journée avait de décisive.

Tenaillés par le devoir, contraints d’agir sans réfléchir, les fonctionnaires s’empressèrent de mettre les drapeaux en berne, de carillonner aux quatre coins du château et de dépêcher des hérauts à travers les grandes artères pour y annoncer la nouvelle. Eux pour qui la nuit avait été mouvementée, ne purent à aucun moment se reposer. Le visage blême, le regard effacé, ils bougeaient tous dans un mouvement solidaire de somnambulisme bureaucratique. Lorsque la tête mourrait, le corps, lui, continuait à vivre… Telle était la consistance du pouvoir. La chose publique ne périssait jamais, elle était soutenue par des mécanismes autonomes ancrés dans les outillages mentaux. La contribution systématique des administrateurs royaux ne soulevait aucune discussion, et ils faisaient face à ces drames sans jamais se désolidariser. La machine était paramétrée à la perfection.

Le roi, succombant, avait eu l’intelligence de comprendre qu’il fallait que rien ne soit laissé au hasard après son décès et que ses préposés n'attendaient que ses dernières directives. Tout changement en préparait nécessairement un autre, et de la sorte, il était primordial que les hautes instances se saisissent des évènements avant qu’ils ne lui échappent. Aussi, en même temps qu’allait être proclamée la tragédie d’état, devaient également être communiquées l'obligation de se rendre aux funérailles nationales aux alentours de treize heures et au couronnement du nouveau roi, Christo-Emmanuello, quatrième du nom, cent-quinzième monarque de Saint-Itturia, dans le courant des vingt-et-une heures.

Toutes bruyantes que fussent les rues, animées par les crieurs, elles extirpèrent Salvatore de ses recherches, qui, intrigué, se rendit à sa fenêtre et l'ouvrit en grand pour contempler le spectacle... Il tressaillit d’abord en apprenant la nouvelle, mais cela ne dura qu'un court instant. Ce stratège avait bien trop attendu ce moment pour ne pas se rendre compte qu'il était en train de le vivre. Dès qu'il se reprit, un sourire s’installa sur son visage et son regard, d'un seul coup, s’illumina.

Il était enfin temps. Sans plus tarder, il quitta son domicile et porta ses pas avec légèreté jusqu’aux champs de son enfance pour y cueillir un bouquet de sauge rouge.



⸺ Je savais que tu te trouverais là. Le vent avait parlé. Salvatore s’arrêta, pensant s’être surpris à entendre des voix. Je suis content de voir que certaines choses ne changeront jamais. Cet endroit sera toujours aussi magnifique et ça, c’est une certitude. Le soleil éclairait l’étendue de toute sa superbe, et y diffusait une agréable chaleur.
⸺ Oui, concéda Salvatore, en se reprenant d’une allure solennelle. Cette campagne est sans aucun doute le lieu le plus splendide de toute notre île. Il se tourna vers son prince, qui se tenait à quelques mètres de lui. Son ton, qui ne parvenait pas à contenir une envie irrépressible d’en venir aux faits, se lâcha enfin. Christo, je te présente mes plus sincères condoléances. Pour tout t’avouer, je ne sais que dire à ce sujet. Cette douleur, je ne la connais pas, elle ne m’est familière qu’en théorie, dans les livres que j’ai pu lire à ce sujet, alors sache que je ne te salirai pas d’une oraison funèbre qui ne m’appartient pas. Toutefois, permet-moi de te dire une chose : nous l’avions prévu, il était dans l’esprit de tous que tu accèdes aux fonctions royales incessamment.
⸺ Te souviens-tu de la première fois où nous avons parlé de Nulle part ? demanda Christo, distrait.
⸺ Comment pourrais-je l’oublier ? Quand je ferme les yeux parfois, je revois cette phalène qui nous a frôlé, et ses brumes phosphorescentes qui ont rendu cet instant si magique. Je pensais, à ce moment-là, conclure un pacte avec l’éternel. Je croyais qu’on était capable de rompre les dimensions. Nulle part… était une féérie. Alors, nous avons grandi maintenant, difficile de se le cacher, mais je n’ai pas oublié notre promesse : ce monde, nous le ferons naître, quoiqu’il en coûte.

L’héritier royal fut transi par ces mots. Ils sonnèrent comme le glas. Il aurait donné cher pour retarder ce moment, mais il était enfin arrivé. Il était trop tard pour faire marche arrière, désormais.

⸺ Je… commença à bredouiller le prince, qui, de plus en plus livide, de moins en moins souriant, n'arrivait plus à jouer la comédie. Je… Je dois… Je suis désolé… Les iris de Christo se troublèrent soudainement. Submergé par l’émotion, il était en train de fondre en larmes. Je suis désolé, mon frère. Il regarda Salvatore, en explosant, espérant que par la grâce divine, il n’ait pas à prononcer le reste de sa phrase. Six mots à dire, seulement six et au bout de ses lèvres, se tenait le dénouement de l’histoire. Tu vas devoir continuer sans moi...
⸺ Pardon ? Ah… reprit le conseiller, arquant un sourire naïf. Oui, bien sûr, ne t’en fais pas. Ramasser quelques fleurs ne demande pas de plans de campagne, et je suis sûr que tu as beaucoup à faire aujourd’hui. Je te rejoindrai aux funérailles. Malgré tous ses efforts pour le devenir, il n’était pas dupe. Il avait beau tourner le dos à la réalité, cette dernière l’entourait de toute part.
⸺ Salvatore, pourquoi ne le devines-tu pas ? demandait le prince, comme une imploration. Je t’en supplie. Ne… Ne m’inflige pas ça. Je ne veux pas.  Christo était finalement en train de se rendre compte que faire face à sa propre fin, lentement, corrompt.
⸺ Je ne comprends pas, répondit Salvatore, les yeux fixés sur un homme qui, brûlé de l’intérieur, se tordait de chagrin. Il ne pouvait pas faire semblant de ne pas l’avoir entendu, pas deux fois de suite.

Les carillons retentissaient au loin, les arbres dansaient avec la brise, quelques oiseaux roucoulaient, mais comme souvent dans ce champ, les bruits s’étaient feutrés et le temps s’était arrêté. L’éternelle vérité fut accueillie avec la cérémonie des éléments.  

Christo inspira un grand coup.  

⸺ Tu vas devoir continuer sans moi… pour toujours. Je suis malade, Christo. C’est héréditaire. Chaque mot qui sortait de sa bouche, était une lame de rasoir qui avait traversé sa gorge. Je ne sais pas comment te le dire...
⸺ Attend. Je ne te suis pas, là, gronda-t-il. Jamais une pareille fureur ne l’avait traversé, mais il avait besoin d’en savoir plus, alors il parvint à contenir l’éclat de sa rage encore quelques minutes, au moins pendant le temps des explications. Il n’osait cependant pas lever les yeux, de peur de voir ses rêves s’effondrer. Parle.
⸺ Quand le roi Angelo-Gabriello, mon père, a quitté ce monde, il a pris le soin de m’avertir d’une chose : c’est que nous étions finis, que notre lignée allait s’éteindre et que Saint-Itturia n’allait plus jamais être la même. La nuit dernière, je n’ai pas dormi, j’étais terrifié, non pas parce que j’allais mourir et que notre île allait perdre une dynastie royale, mais parce que j’allais devoir te le dire. Mes cheveux blancs sont une malédiction, avait-on dit dans un registre de doctrines médicales. Les médecins qui étaient au chevet de mon père, avaient l’air de le savoir eux aussi et ils me l’ont très bien détaillé. La cathèdre est une maladie dégénérative, dont le principal symptôme est une canitie subite et très précoce. Lorsqu'elle s'active, l'espérance de vie des malades se réduit de génération en génération. La plupart des experts du château sont d’avis pour dire que je serai le dernier à survivre après la puberté, donc à être capable de perpétuer la transmission du sang royal… Il ne me reste qu'un mois à vivre et je crois que...
⸺ Assez ! hurla Salvatore, en le coupant précipitamment. Tu parles de ça, comme si… comme si c’était quelque chose de normal ! Ivre de peur et de colère, sa bouche crachait un poison diabolique, tandis que son cœur, meurtri, se noircissait soudainement. Tu sais ce que t’es ? T’es un monstre ! T’as qu’à crever !

La sauge tombait au sol, et le jeune conseiller, dévasté, était déjà loin. Il s’était enfui. Christo, complètement cloué sur place par le coup de poignard qu’il venait de recevoir, ramassa les fleurs et les regarda, l’œil encore humide.

⸺ Je n'avais pas fini...



Salvatore, qui avait couru jusqu’à son domicile, décéléra petit à petit, et adopta une démarche un peu moins abrupte. Ses pas étaient hésitants et hasardeux. Essayer d’échapper à son destin, de se cacher de la réalité, était un effort considérable pour quelqu’un comme lui, qui avait pourtant choisi très tôt de ne jamais se mentir à lui-même. Sa vue se troublait. Une fatigue oppressante le gagnait. Son esprit s’embrouillait…

Était-ce vraiment le temps des révélations ? À vrai dire, s’il y avait des moments pour le silence, et des moments pour la parole, il n’existait pas de bon moment pour tout se dire. Le conseiller venait de se séparer de son prince sans écouter ce qu’il avait à lui avouer, et il allait le regretter toute sa vie. Le plus dur pour lui était qu’il commençait à peine à le comprendre.

Une fois arrivé à proximité de la bibliothèque, il essuya ses joues, souillées par le chagrin. Il devait paraître propre sur lui avant de franchir le seuil de sa demeure. Ainsi, pour ne pas avoir à affronter les questions suspicieuses de ses parents, il fila aussitôt dans sa chambre, sans passer par les pièces communes, et s’y enferma à double tours pour ne plus jamais en ressortir.

La journée passa. Les cérémonies se firent. Les heures ne s’inclinèrent pas face à la déprime du conseiller, et défilèrent avec une cruelle lenteur. Il attendait la nuit avec impatience, tout en méditant sur ses paroles.

Les regrets lui prouvaient qu’il n’était pas dans le bon chemin. Se répéter la scène sans arrêt et prendre les bonnes décisions au conditionnel, constituaient là les stigmates d’un mauvais agissement. Cette solitude profonde dans laquelle il s’était plongé de gré, fleurait finalement un parfum amer. Il voulait se souvenir des bons moments passés avec Christo, mais ces mots qu’il lui avait dits, lui en empêchaient.

Il se promit, dans la pâleur de la nuit, de revenir s’excuser au petit matin.



Les livres aidaient à comprendre le monde, certes, mais seule l’expérience permettait de se comprendre soi-même. Et si Salvatore en savait assez sur les hommes et leur nature, il n’avait pas eu la maturité suffisante pour se rendre compte que rien n’arrivait par hasard et qu’il y avait une haute alchimie qui ordonnait les causes et les conséquences de toutes choses. Son comportement n’avait pas été digne de la personne qu’il était. Il le savait désormais.

Aussi, convaincu par la médiocrité de son attitude et bien déterminé à se racheter, il se leva de bonne heure et s’habilla en vitesse pour se rendre au palais. Dehors, il fut surpris de s’apercevoir que les premières lueurs du jour étaient grisâtres, et que l’air s’était empli d’une lourdeur inhabituelle. Le ciel était bas. Ce détail l’étonna quelque peu, mais il ne stoppa en rien son allure.

Il était temps pour lui d’être un homme et d’assumer ses responsabilités. Il fallait combattre le malheur, en regardant droit devant soi, comme ils l’avaient toujours fait. Et ce n’était pas cette configuration du destin qui allait les en empêcher.

La cité dormait encore, et seuls les maraîchers qui installaient leurs étals, peuplaient déjà les rues. Salvatore arriva au château, après avoir monté les marches à toutes vitesses, et se dirigea vers l’entrée en saluant les gardes.

Ces derniers lui barrèrent toutefois la route de leurs lances entrecroisées. Jamais, au grand jamais, l’accès du palais lui avait été refusé, et jusqu’à présent, il avait toujours reçu les révérences des soldats et des musiciens royaux.

Que se passait-il ? Est-ce que Christo, le nouveau roi, l’avait déjà oublié ? Est-ce qu’il avait justement ordonné, par rancune, qu’on lui interdise le palais ? Etait-ce là que s’arrêtait définitivement leur amitié ?

Il était impossible pour Salvatore de s’en tenir à ça. Ces soldats ne faisaient qu’obéir à des ordres, ils ne pouvaient pas prendre des décisions par eux-mêmes. De père en fils, leur était inculquée l’allégeance. Assuré de cela, il opta pour l’argument d’autorité.

⸺ Je suis ici pour voir le nouveau roi, Christo-Emmanuello. Je suis son conseiller officiel, Salvatore Locatelli. J’ai œuvré pour le salut de Saint-Itturia à de très nombreuses reprises, et ai sauvé les remparts de plusieurs assauts ennemis, notamment lors de la guerre des six baies contre le royaume de Luvneel. L’ancien roi, Angelo-Gabriello, m’a, à ce titre, décoré de la médaille royale. Regardez, fit-il en exhibant son insigne en or. Je possède une distinction que vous, soldats des beaux quartiers, n’aurez jamais. Par la fonction que j’exerce, je suis votre supérieur hiérarchique et je vous somme de me laisser franchir ces portes.
⸺ Tu ne l’exerces plus, retentit une voix qui semblait sortir de l’ombre. D’habitude, le bas-relief de la façade du palais abritait l’entrée des rayons du soleil, mais aujourd’hui, les nuages régnaient dans le ciel. Ce matin était obscur. Non, tu ne l’exerces plus, mon enfant. À vrai dire, tu ne l’as techniquement jamais exercé, puisque Christo ne t’a pas ordonné hier soir au moment de son sacre. Tu n’étais pas là pour le constater apparemment. Alors que ce rabat-joie se découvrait timidement, Salvatore reconnut les traits d’un homme qu’il connaissait. Son gros nez boutonneux, son embonpoint et son attitude vindicative venaient à le trahir, comme à l’accoutumée. C’est fini pour toi, Salvatore ! Le roi ne veut pas de toi ! Il t’a vite oublié ! Moi, je m’en doutais, hein ! Gwehehehe ! Ce rire était toujours aussi insupportable. Allez, tu ferais mieux de partir, si tu veux mon avis. De toute façon, les ordres sont les ordres, et ils ne te laisseront jamais passer. Si tu essayes de faire quoi que ce soit, tu finiras pendu ! Bon vent.
⸺ Je vois… Je trouve ça dommage qu’ils vous aient confié la tâche de m’inventer cette excuse, répondit l’héritier Locatelli, qui, face à ce fonctionnaire revanchard, ne s’était jamais vraiment senti en danger. En supposant que le roi ait vraiment pris cette décision, et que vous n’essayez pas de me déstabiliser avec l'une de vos déductions hasardeuses, comment pourrais-je en être vraiment sûr ? Je le connais mieux que tout le monde, et pour tout vous dire, ce n’est clairement pas dans ses habitudes de mépriser ses sujets. Même si, en surface, il paraissait ne pas croire à cette hypothèse, un léger doute l’effleurait pourtant.
⸺ Oh, eh bien, figure-toi qu’il m’a justement confié une lettre qu’il a écrite au cas où tu reviendrais. Tiens, lis-la.

Le trésorier lui confia une enveloppe cachetée. Le sceau de cire qui y était apposé, marquait la solennité de cette missive. En effet, ces lettres closes servaient à transmettre les ordres du roi de manière confidentielle et Salvatore le savait pertinemment. Aussi, son attitude décontractée se rigidifia en voyant ce bout de papier lui être confié, et il s’empressa de le déchiffrer.

Et en lisant les invectives qui y étaient manuscrites, son visage se lissa de nouveau. Les détails de la calligraphie laissaient malheureusement à désirer. Il tendit la lettre devant lui, du bout des doigts, comme s’il s’agissait d’un torchon sale.

⸺ Ce n’est pas son écriture… déclara le conseiller déchu, d’un ton assuré. Vous êtes en train de comploter contre la couronne. Et vous allez le payer très cher.

Le faciès du bureaucrate changea de forme : d’assuré, il devint alors blême d’effroi, puis bleu de stupeur, pour finir rouge de colère. En voyant cela, Salvatore jubila.

⸺ Ga… GARDES ! Saisissez-vous de lui ! Ne le laissez pas s’enfuir !


Alors que les deux soldats s’élançaient vers lui, lance au poing, et prêts à en découdre, Salvatore se recula d’un pas et, en l’espace d’un très court instant, revisualisa les combats qu’il avait mené contre son ami. L’animalité de Christo transparut dans les gestes de Salvatore qui se précipita sur l’un des deux hommes en agrippant la partie avant de sa lance d’une main et la partie moyenne de l’autre. Il s’avança derrière le garde, en soulevant le bâton, puis en le retournant contre son utilisateur.

Ce soldat, qui avait passé sa vie à garder une porte, se retrouvait au sol, et une lame caressait sa glotte, tandis que son compagnon d’arme se tenait à distance, déstabilisé par le geste que venait d’exécuter le conseiller royal.  

Salvatore lâcha l’arme à quelques mètres de sa victime. De nombreux gardes étaient en train d’accourir aux portes du palais et formant un bruyant troupeau de pieds, cela s’entendait de toute part. Il déguerpit aussitôt.

La ville était réveillée. La traverser sans encombre fut ainsi beaucoup plus compliqué qu’à l’aller. Il prit de nombreux détours, espérant semer ses poursuivants, et se rendit à toute vitesse dans ses quartiers.

Saint-Itturia n’était plus. Elle semblait être en train de tomber aux mains des fonctionnaires, qui, sentant l’odeur des cadavres royaux, étaient finalement devenus des charognards du pouvoir. Ces gentils chiens de garde s'apprêtaient à dévorer leurs propres maîtres. Il devait partir, au moins quelques mois, et peut-être pour toujours.

Il gagna sa chambre, et y rassembla dans la panique tout ce qui lui semblait être important : des livres, des berrys, quelques habits, de la nourriture et de l’eau. Cependant, au moment de quitter les lieux, il tomba nez à nez avec son père.

⸺ C’est terrible, Salvatore… s’écria Vittorio, en attrapant les épaules de son fils. Je viens de me faire jeter du château ! Les fonctionnaires ont menacé de venir brûler notre bibliothèque. C’est… C’est un coup d’état des bureaucrates. La dynastie des rois s’éteint et ils ont saisi l’opportunité qui se présentait à eux…
⸺ Je sais, père, répondit Salvatore, en regardant au loin, le regard totalement changé. Je me suis fait jeter aussi. Ils sont à notre poursuite et ils arriveront bientôt. C’est pour ça que je m’en vais. Je quitte Saint-Itturia, père. Mais je reviendrai, je te le promets, et je les exterminerai tous, uns à uns. Je reprendrai cette île.
⸺ QUOI ? Mais… Tu ne peux pas nous laisser maintenant ! Tu ne peux pas quitter cette île ! Où iras-tu ? Tu as tout ici ! Tu préfères tout laisser tomber, et fuir, comme un lâche ?! C’est comme cela que je t’ai éduqué ?!
⸺ Je n’ai pas le temps. Je dois y aller, fit le jeune homme, en se dégageant violemment de l’étreinte de son père.
⸺ Réponds-moi, Salvatore ! Tu n’as pas le droit de me laisser comme ça ! Je t'interdis ! Tu me dois l'obéissance !

Alors qu’il était à présent sorti de la maison, Salvatore se retourna vers Vittorio. Dans ses prunelles, brillait la lumière de l’aventure, et la soif de la vengeance.

⸺ C’est toi qui est un lâche, père. Tu es comme moi, tu as su très tôt ce que tu désirais obtenir de la vie, et c’est sûrement pour cela que tu y as renoncé. À trop lire le monde, tu as oublié qu’il existait réellement. À trop enseigner, tu as oublié d’apprendre. Et tu n’as pas compris que le monde nous appartenait.  Tu as toujours préféré te complaire dans tes jolis ouvrages, et te contenter d’observer le monde, comme un moine retranché. Tu n’as jamais osé mettre les pieds dehors, car tu as peur de l’immensité.
⸺ C’est… C’est faux, Salvatore, et tu le sais très bien, reprit Vittorio, vexé par cette vérité qui lui avait transpercé le cœur. Tu dis ça pour te rassurer. Tu n’es pas sans savoir que le monde ne nous appartient pas… Il faut…
⸺ Oh si, le monde m’appartient, père, trancha Salvatore, de sa langue acérée. Si tu n’en es pas capable, alors je vivrai tes rêves à ta place. Et j’accomplirai ce que personne jusqu’à présent, n’a jamais accompli : je conquerrai les mers, j’assemblerai toutes ces factions et je ferai de ce monde, le nulle part dont nous avons tant rêvé avec Christo. Il n’était plus l’héritier Locatelli, il était devenu bien plus que cela.
⸺ Et que… Que comptes-tu faire dans l’immédiat ? se questionna le vieux professeur, qui ne se sentait plus en mesure de le contredire.
⸺ Actuellement, nous ne pouvons pas lutter contre les fonctionnaires. C’est pourquoi je pars pour Luvneel. Je compte bien vendre mes services au roi, je pense qu’il connait Christo, aussi il sera enchanté de se voir son stratège s’offrir à son commandement. Quand je remettrai les pieds à Saint-Itturia, ce sera avec une armée sous mes ordres et je sauverai l’honneur de Christo. En attendant, veille sur maman, protège la bibliothèque du mieux que tu peux, et essaye de pas mourir.

Sur ces entrefaites, Salvatore s’en alla trouver un marin, lui confia une bourse et prit la mer. Il contemplait au loin ses racines s’éloigner. Il commençait à pleuvoir. C'était la première fois de sa vie qu'il voyait le ciel pleurer.

En montant sur le pont de cette caravelle, il comprenait que plus rien n’allait être pareil désormais.

La vie est une longue promesse.





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MessageSujet: Re: Gagne celui qui sait ce qu'il va faire s'il perd. Perd celui qui sait ce qu'il va faire s'il gagne.    Lun 21 Mai - 22:01


Aussi fou que cela puisse paraître, j'ai fini ma présentation. Eh oui. Après six mois de travail intensif et de siestes répétées, je clos cette longue, très longue, histoire. Je suis toute chose, je dois l'avouer. Ne plus me voir en rose vous fera sans doute bizarre, au début, mais vous allez vous y faire, je vous le promets.

Je tenais à remercier tous ceux qui croyaient en moi, et aussi tous les trashtalkers qui m'ont boycott, car ils m'ont donné la force.

Oh, et je tenais à préciser quelque chose, bien évidemment. Cette présentation, peut-être trop ambitieuse, a dû être écourtée, aussi, si le background est acté, l'histoire de Salvatore n'est pas finie, et il y a encore de nombreuses années avant la période présente. À la fin de la présentation, on comprend assez facilement la direction que va prendre mon personnage, toutefois, l'exécution de ses objectifs reste encore floue et c'est là que c'est le plus intéressant. J'ai déjà dans ma tête ce qu'il se passe entre le moment où ma présentation se termine et où je débute le RP, mais je m'amuserai à développer inRP dans des flashbacks les trous qui me paraissent importants à combler.

Je vous souhaite une très bonne lecture. Et au plaisir.




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MessageSujet: Re: Gagne celui qui sait ce qu'il va faire s'il perd. Perd celui qui sait ce qu'il va faire s'il gagne.    Mar 22 Mai - 11:27




Validation


Salut Salva ! Une présentation à suspens, dont la légende raconte qu'elle aurait duré plus de mille ans, peut-être même qu'elle daterait du siècle oublié et serait la clé de la traduction des ponéglyphes. On s'y penche un peu, pour voir ?

Qualité : 500/500


Il y a en cet homme plusieurs niveaux de lecture, qui, parfois mal alignés, parfois presque inintelligibles, se chevauchent comme les calques et filtres d’une seule même image → Petite erreur de ponctuation, ici. Il aurait été plus correct de faire « il y a en cet homme plusieurs niveaux de lecture qui, parfois mal alignés, […] se chevauchent...

le lieu où se décide vie et mort, pérennité et disparition → où se décident vie et mort, pérennité et disparition. Du pluriel dans le sujet, donc du pluriel dans le verbe

Il voit à travers ses différents mouvements, quelque chose de poétique → Il voit, à travers ses différents mouvements, quelque chose de poétique

des différentes institutions qui le compose → composent

n’aies jamais honte de ce que tu es capable de penser → n'aie jamais honte, puisqu'il s'agit ici d'un impératif et pas d'un subjonctif

Aucuns arguments ne pouvaient contrer des mots → Aucun argument ne pouvait. Aucun est une des rares exceptions de la langue française à rester constamment au singulier, sauf rares cas

Vittorio fut démarché par le Roi en personne, descendu de son château, pour devenir le percepteur de son plus jeune enfant → je t'avoue que ça m'a fait sourire ici. Le percepteur est celui qui perçoit les impôts. Le précepteur donne des cours:P

je t’avais dit que je ne te laisserai pas → laisserais pas, il s'agit ici d'un futur dans le passé, donc d'un conditionnel.

Quelques petites coquilles, oui, mais... Avec l'étendue de la présentation, c'est presque anecdotique, surtout compte tenu du style et du vocabulaire très recherchés et fournis. Ta plume est excellente ! Continue comme ça ! (Essaye quand même d'écrire plus vite, si tu peux Rolling Eyes )

Cohérence : 500/500


Rien à dire. Du début à la fin, tout est crédible, et le choix des musiques nous immerge totalement dans l'histoire dans laquelle on se plaît et se surprend à réclamer la suite.

Longueur : 200/250


Une histoire longue, longue, parfois presque trop longue mais qui est finalement assez complète. Malheureusement, tu perds des points, non seulement pour tes descriptions parfois un peu trop importantes en longueur mais, aussi, pour l'absence totale de mention de ton style de combat et de l'obtention de ton arme particulière. C'est dommage, parce que ça aurait pu donner encore plus de profondeur à ton personnage d'indiquer que ce discours que tu as tenu envers Christo pour le pousser à s'émanciper des règles préétablies, tu l'as appliqué et sublimé avec un style de combat totalement inattendu. Je t'avoue que je l'attendais avec impatience et ai été un peu déçu que tu ne l'aies pas un peu mentionné.

Originalité : 450/500


Une histoire très très bien travaillée, ce qui me déchire presque le cœur de t'enlever des points pour l'humour One Piecien si anecdotique tant je l'ai appréciée. La noblesse, la vraie, l'enseignement complet et humaniste sont crédibles et, pour une fois, bien joués, contrairement à ce que beaucoup d'autres personnes ont pu faire pour justifier un personnage intellectuellement supérieur. Ici, on y croit, et de toute façon on pouvait s'y attendre dès cette fameuse tirade d'un Salva précoce dans la bibliothèque.
J'ai aussi beaucoup apprécié que tu prennes le parti d'en faire un savant, dans un monde où la guerre est omniprésente et où les stratégies s'effacent devant des hommes capables de détruire une île avec un coup de fruit du démon. Il n'empêche que si le gouvernement mondial a su dominer le monde, c'est nécessairement par des coups stratégiques et ça, c'est cool d'en avoir sur le forum.

Subjectivité : 250/250


C'était génial, parfois un peu longuet, notamment dans les motivations, mais c'était vraaaaiment fun. Mention spéciale à ce petit passage, qui me fait vraiment penser à l'épilogue de Gargantua et à la mention du monastère utopique « Les gens étaient heureux en ce qu’ils obtenaient ce qu’ils désiraient, mais ne désiraient point ce qu’ils ne pouvaient obtenir », même si la signification est différente de ce à quoi on pouvait s'attendre.
J'ai hâte d'en savoir plus, en tout cas, et hâte aussi de voir comment ce cher Salva va présenter ses talents dans le monde de JR héhé

Note finale : 1900 Dorikis




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Gagne celui qui sait ce qu'il va faire s'il perd. Perd celui qui sait ce qu'il va faire s'il gagne.
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